Nos réflexions

Publié le 27 mai 2014 | par Nathalie Mourlot

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Vers la fin des stages au rabais ?

La proposition de loi visant à renforcer l’encadrement des stages doit être définitivement votée le 12 juin prochain. Si elle est votée en l’état – ce qui paraît hautement probable -, la nouvelle loi introduira trois modifications majeures :

– D’abord, les entreprises devront accorder une gratification minimale aux stagiaires dès lors que la durée du stage atteindra un mois (au lieu de deux mois dans la législation actuelle) ;

– Ensuite, cette gratification minimale augmentera de 90 euros : elle sera portée à 523,36 euros nets par mois, contre 436,05 euros aujourd’hui ;

– Enfin, le nombre de stagiaires qu’une entreprise pourra accueillir en même temps sera plafonné : ce plafond sera fixé en fonction des effectifs salariés de la société, de façon à ce que le nombre de stagiaires présents dans une entreprise n’excède jamais un certain pourcentage du nombre de collaborateurs salariés.

Cette loi nous paraît avoir un grand mérite : elle devrait empêcher de nuire les employeurs qui recourent actuellement aux stagiaires de manière honteuse et abusive. Ces « employeurs voyous » se sont malheureusement multipliés avec la crise. Ils sont faciles à reconnaître : les sociétés qu’ils dirigent ont construit leur modèle économique sur un recours permanent à des armadas de stagiaires de courte durée, très peu ou pas rémunérés, et qui se voient confier des travaux que l’entreprise devrait normalement faire faire par des collaborateurs recrutés en CDI ou en CDD…

A l’inverse, cela fait bien longtemps que beaucoup de sociétés, notamment parmi les ETI et les grands groupes, ont choisi de rémunérer leurs stagiaires à des niveaux supérieurs, non seulement à la gratification minimale légale actuelle, mais aussi à la gratification minimale prévue par la nouvelle loi.

Ces sociétés, loin de voir les stages comme l’occasion de puiser dans un réservoir de main d’œuvre à bas prix et jetable après usage, les considèrent comme une aide à la sélection et à l’embauche des meilleurs éléments.

Les employeurs en question ont donc à cœur d’offrir aux stagiaires qu’ils accueillent les meilleures conditions possibles : une gratification satisfaisante, qui peut aller, pour les stages « de pré-embauche » d’une durée de quatre à six mois, jusqu’à 40% du futur salaire d’embauche ; des tickets-restaurant, une participation aux frais de transport, voire d’autres avantages sociaux… sans oublier deux points capitaux : l’accompagnement d’un tuteur, et des travaux enrichissants !

Ces « entreprises vertueuses » ont compris que les attentes des jeunes ont changé : ils sont attirés par les entreprises qui se montrent prêtes à donner, pas par celles qui veulent prendre sans rien offrir en échange.

Un autre mérite – et non le moindre – de la nouvelle loi d’encadrement des stages est de refléter les nouvelles attentes des jeunes, et d’y répondre.

Enfin, on ne peut que s’indigner en comparant le sort réservé aux stagiaires et celui fait aux allocataires du RSA. Comment la société française peut-elle aujourd’hui ne garantir que 436 euros de revenu minimum par mois à des jeunes qui travaillent, alors qu’elle assure 499 euros de revenu mensuel minimum à des individus qui n’exercent aucune activité ?  Quelque chose ne tourne pas rond dans notre pays !

Par Thierry Denjean, président de Denjean & Associés

 


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